Vous manquez de place sur votre tableau électrique ou vous voulez alimenter un garage depuis votre arrivée EDF. L’idée de faire passer deux fils sur la même borne semble pratique. Voici ce que dit vraiment la norme, et pourquoi cette solution vous expose à des risques que vous n’imaginez peut-être pas.
Disjoncteur de branchement ou disjoncteur divisionnaire, la distinction qui change tout
Avant de répondre, il faut savoir de quel disjoncteur on parle, car la réponse n’est pas la même.
Le disjoncteur de branchement, aussi appelé AGCP, est l’appareil installé par Enedis à l’entrée de votre logement. Il appartient au gestionnaire de réseau, pas à vous, et il a une seule sortie prévue pour alimenter votre tableau principal.
Le disjoncteur divisionnaire est celui que vous trouvez dans votre tableau électrique, un module par circuit. C’est probablement celui auquel vous pensez si vous cherchez à ajouter une prise ou un point lumineux sans place disponible.
Dans les deux cas, la réponse technique est la même : une borne ne doit recevoir qu’un seul conducteur. Mais les conséquences et les solutions diffèrent selon l’équipement concerné.
Ce que dit la norme NF C 15-100
La norme NF C 15-100, complétée par le guide UTE C 15-712-1 pour les installations récentes, impose un seul conducteur par cage de borne, aussi bien sur un disjoncteur divisionnaire que sur le disjoncteur de branchement.
Sur le disjoncteur de branchement, la règle est encore plus stricte. Cet appareil appartient à Enedis, et toute intervention non autorisée dessus constitue une infraction au règlement du distributeur. Vous risquez une coupure immédiate de votre alimentation, voire des poursuites en cas de manipulation jugée frauduleuse.
Pourquoi doubler un départ est dangereux
Le problème n’est pas seulement réglementaire, il est physique.
Quand vous glissez deux fils dans la même borne, la vis de serrage ne peut pas exercer une pression uniforme sur les deux conducteurs. L’un des deux finit toujours par être moins bien maintenu que l’autre.
Le cuivre se dilate et se contracte à chaque appel de courant. Avec le temps, ce mouvement fait desserrer progressivement la borne. Un contact mal serré chauffe, le plastique environnant fond, et vous obtenez les conditions parfaites pour un départ de feu électrique.
Le risque augmente encore si les deux circuits n’ont pas la même intensité ou la même utilisation. Un radiateur puissant sur un départ doublé peut faire dépasser le seuil thermique du module et provoquer des déclenchements répétés, quand ce n’est pas un arc électrique.
Le dimensionnement selon la puissance souscrite
La section de câble entre le disjoncteur de branchement et votre tableau dépend de votre abonnement. Voici les correspondances habituelles.
| Puissance souscrite | Intensité | Section de câble recommandée |
|---|---|---|
| 6 kVA | 30 A monophasé | 10 mm² |
| 9 kVA | 45 A monophasé | 10 mm² |
| 12 kVA | 60 A monophasé | 16 mm² |
Plus la section est importante, plus la tentation de faire tenir deux câbles dans la même borne est grande, car l’espace physique semble suffisant. C’est justement sur les installations avec un abonnement élevé que l’erreur est la plus fréquente.
Les solutions conformes pour alimenter deux circuits
Si vous avez besoin d’alimenter deux tableaux ou deux zones distinctes, plusieurs solutions respectent la norme.
Le bornier de répartition se place juste après le disjoncteur de branchement. Il reçoit un seul câble en entrée et permet de répartir le courant vers plusieurs départs, chacun correctement serré sur sa propre borne.
Le tableau divisionnaire est la solution la plus courante pour un garage, une dépendance ou une extension. Il reçoit son propre disjoncteur et permet d’ajouter autant de circuits que nécessaire sans toucher au câblage d’origine.
Le fouet de raccordement est un câble dédié tiré spécifiquement pour relier un nouveau point de distribution au disjoncteur de branchement, dans les règles de l’art, sans jamais superposer deux conducteurs sur une même borne.
Le cas du garage ou d’une dépendance
Alimenter un garage ou une dépendance depuis le disjoncteur de branchement est possible, mais cela ne veut pas dire brancher un second câble sur la borne existante.
La méthode conforme consiste à installer un bornier de répartition ou un tableau divisionnaire dédié, avec une protection différentielle propre à ce nouveau circuit. C’est un point que beaucoup de particuliers négligent en pensant qu’un simple fil suffit.
Sur une installation ancienne, avec un vieux disjoncteur noir d’origine, la question de la mise aux normes se pose souvent avant même d’envisager cette extension.
Que risquez vous en cas de branchement non conforme
Au delà du risque d’incendie, un branchement non conforme peut avoir des conséquences concrètes.
Enedis peut couper votre alimentation dès qu’une anomalie est détectée sur le disjoncteur de branchement. En cas de sinistre lié à une installation non conforme, votre assurance habitation peut refuser la prise en charge, ce qui laisse l’ensemble des dégâts à votre charge.
Questions fréquentes
Peut on le faire soi même ? Sur le disjoncteur de branchement, non. Il appartient à Enedis et toute intervention doit passer par un professionnel habilité ou par le distributeur lui même. Sur un disjoncteur divisionnaire, les travaux doivent respecter la norme NF C 15-100 et sont fortement recommandés à un électricien qualifié.
Qui contacter, un électricien ou Enedis ? Pour un tableau divisionnaire ou un bornier de répartition après le compteur, un électricien suffit. Pour toute intervention sur le disjoncteur de branchement lui même, seul Enedis ou un professionnel mandaté est habilité à intervenir.
Combien coûte l’ajout d’un tableau divisionnaire ? Le prix varie selon la distance à parcourir, la section de câble nécessaire et le nombre de circuits à équiper. Un devis auprès d’un électricien reste la meilleure façon d’obtenir un chiffrage précis pour votre situation.
