Centrale nucléaire de Cattenom : accidents depuis 1987

La centrale nucléaire de Cattenom, située en Moselle à 10 kilomètres de Thionville et des frontières luxembourgeoise et allemande, constitue la deuxième installation de production électrique de France. Depuis sa mise en service entre 1987 et 1992, elle a connu plusieurs incidents de nature et de gravité variables. Entre accidents du travail classiques, incidents techniques mineurs et débats sur les risques potentiels, il est essentiel de clarifier ce qui s’est réellement passé à Cattenom pour distinguer les faits des inquiétudes.

La distinction essentielle : accident du travail vs incident nucléaire

L’accident mortel de 2013, un drame industriel sans lien avec le nucléaire

Le 28 février 2013, un accident du travail dramatique survient dans le bâtiment du réacteur 4. Deux ouvriers sous-traitants trouvent la mort et un troisième est gravement blessé suite à la chute d’une nacelle de quatre mètres de hauteur. L’accident se produit vers 17 heures lors de travaux de maintenance, alors que le réacteur est à l’arrêt pour sa visite décennale depuis le 9 février.

L’enquête menée par le procureur de Thionville établit rapidement la cause : l’absence de deux vis sur le point d’ancrage du mât supportant la nacelle. Le système de fixation défaillant provoque le basculement brutal de la plateforme, précipitant deux hommes de 42 et 43 ans qui décèdent sur le coup, tandis que le troisième, âgé de 38 ans, survit grièvement blessé.

Cet événement, bien que tragique, ne présente aucun lien avec le risque nucléaire. Il s’agit d’un accident du travail classique lié à un défaut d’équipement ou de procédure. La préfecture de Moselle et EDF confirment immédiatement qu’il n’y a aucune conséquence radiologique ni danger pour les populations.

Les incidents nucléaires : qu’est-ce que l’échelle INES ?

Pour évaluer la gravité des événements dans les installations nucléaires, on utilise l’échelle INES (International Nuclear and Radiological Event Scale). Cette échelle compte 8 niveaux, de 0 à 7.

Les niveaux 0 et 1 correspondent à des écarts sans conséquence pour la sûreté. Le niveau 2 signale un incident avec défaillance des barrières de sûreté. À partir du niveau 4, on parle d’accident. Pour référence, Tchernobyl est classé au niveau 7, Fukushima au niveau 7 également, et Three Mile Island au niveau 5.

À Cattenom, depuis 1987, aucun événement n’a dépassé le niveau 2. La centrale n’a donc jamais connu d’accident nucléaire au sens propre du terme, uniquement des incidents techniques de faible gravité.

Les incidents techniques recensés depuis la mise en service

Les événements mineurs (niveau 0-1 INES)

L’échauffement de la Moselle en 2003 constitue un premier incident classé au niveau 0. Le 8 octobre 2003, entre 13h et 14h, la centrale provoque accidentellement un échauffement de l’eau de la Moselle de 2,2°C, alors que la limite fixée par arrêté préfectoral est de 1,5°C. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) juge cet échauffement non dangereux pour l’environnement.

En février 2011, des fissures sont détectées sur le parement du support en béton des pompes acheminant l’eau du lac de Mirgenbach vers les réacteurs 1 et 2. Cette anomalie, classée au niveau 1 de l’échelle INES, remet en cause la résistance de ces pompes en cas de séisme. Les supports sont consolidés fin juin 2011.

Plus récemment, en juin 2025, une vanne défectueuse du système de ventilation du bâtiment combustible de l’unité 3 est découverte. Restée ouverte en permanence, elle aurait empêché le système de fonctionner correctement en cas d’urgence. Incident classé niveau 1, sans impact réel sur la sécurité selon EDF.

En octobre 2024, l’exploitant déclare l’indisponibilité d’une turbopompe du circuit d’alimentation de secours en eau des générateurs de vapeur du réacteur 2. Ce type de matériel assure le refroidissement du réacteur en cas de défaillance du système principal.

L’incendie du transformateur électrique de 2013

Le 7 juin 2013 vers 14h, un incendie spectaculaire se déclare au niveau du transformateur électrique du réacteur 1. Le feu, situé dans la partie non nucléaire de la centrale, génère un épais panache de fumée noire visible à plusieurs kilomètres.

Le transformateur de soutirage, qui alimente le réacteur en électricité en fonctionnement normal, prend feu. Le réacteur s’arrête automatiquement et se stabilise dans un état sûr. Le Plan d’Urgence Interne (PUI) est déclenché pour mobiliser toutes les ressources nécessaires.

Les pompiers mettent plus de deux heures à maîtriser complètement l’incendie qui détruit entièrement le transformateur. Aucune victime n’est à déplorer, mais le personnel du réacteur est partiellement évacué par précaution. L’ASN, les pouvoirs publics, les communes avoisinantes et les pays limitrophes dont le Luxembourg sont immédiatement alertés.

L’exploitant confirme que l’incendie n’a eu aucune conséquence sur la sécurité des installations nucléaires ni sur l’environnement. Le réacteur reste à l’arrêt pendant deux mois, le temps de remplacer le transformateur endommagé.

L’incident de contamination de 2023 (niveau 2 INES)

Le 2 février 2023, un événement plus sérieux survient. Un intervenant prestataire d’EDF réalise des travaux de repose de calorifuge sur des robinets dans le bâtiment du réacteur 3, à l’arrêt pour des opérations de contrôle et de réparation liées au phénomène de corrosion sous contrainte.

Lors du contrôle réalisé à la sortie de zone contrôlée, une contamination externe de la peau au niveau de la joue de l’intervenant est détectée. L’agent est immédiatement pris en charge et la particule radioactive à l’origine de la contamination est retirée.

Cet événement est classé au niveau 2 de l’échelle INES en raison du dépassement d’une limite réglementaire d’exposition pour un travailleur. Il s’agit du seul incident de niveau 2 recensé dans l’historique récent de Cattenom. L’ASN mène une inspection sur site le 9 février 2023 et exige un rapport d’analyse avec actions correctives sous deux mois.

Les tests de résistance post-Fukushima et leurs conclusions

Le stress-test de 2011

Suite à l’accident de Fukushima en mars 2011, toutes les centrales nucléaires européennes doivent réaliser des tests de résistance approfondis. En septembre 2011, EDF remet son rapport à l’ASN concernant Cattenom.

L’exploitant considère sa centrale comme sûre et robuste, mais propose plusieurs mesures de renforcement : équiper chaque réacteur d’un générateur électrique diesel supplémentaire, forer dans la nappe phréatique pour renforcer l’alimentation en eau, et préparer la centrale à accueillir les matériels de secours de la Force d’Action Rapide du Nucléaire (FARN).

En novembre 2011, 15 inspecteurs de l’AIEA (Agence Internationale de l’Énergie Atomique) inspectent la centrale. Lors de la conférence de presse du 1er décembre, l’AIEA estime que la sûreté d’exploitation est assurée à Cattenom. L’agence détecte quatre bonnes pratiques mais formule également quatre recommandations.

Les critiques du rapport européen 2012

Le bilan n’est pas aussi rassurant du côté de la Commission européenne. En 2012, le rapport final sur les tests de résistance des réacteurs nucléaires européens, dirigé par Günther Oettinger (alors commissaire européen chargé de l’énergie), pointe plusieurs faiblesses.

Les procédures prévues en cas d’accident sont jugées « insuffisantes ». Les équipements de secours, comme les groupes électrogènes, ne sont pas assez protégés contre les éléments en cas de catastrophe naturelle.

Le président du Parlement luxembourgeois Laurent Mosar commente : « Les récents tests de sécurité effectués par la Commission européenne sont à certains égards plus critiques envers la centrale nucléaire de Cattenom qu’envers celle de Fessenheim, que le gouvernement français s’est pourtant engagé à fermer d’ici à 2016. »

Cette observation suscite l’inquiétude des pays voisins, notamment le Luxembourg situé à seulement 23 kilomètres de la centrale.

Le scénario d’accident majeur : risques et préparation

L’étude Greenpeace 2024 : quelle crédibilité ?

En avril 2024, Greenpeace Luxembourg publie une étude réalisée par l’Institut Biosphère sur les conséquences potentielles d’un accident majeur type Fukushima à Cattenom. La modélisation s’appuie sur plus de 1 000 cartes de dispersion correspondant à différentes situations météorologiques des années 2017, 2018 et 2020.

Les résultats sont alarmants : en moyenne, plus de 26 millions de personnes recevraient en quelques heures une dose de radioactivité supérieure à la limite d’exposition du public (1 mSv par an). Selon les variations météorologiques, c’est l’ensemble du Luxembourg qui pourrait être contaminé, ainsi que des grandes villes comme Luxembourg-ville, Metz, Berlin, Bruxelles ou Francfort.

L’étude estime que 276 000 personnes seraient concernées par un déplacement urgent et 960 000 personnes autour de Cattenom par un déplacement de longue durée suite à la contamination des sols.

Il convient toutefois de replacer ces chiffres dans leur contexte : cette modélisation repose sur un scénario catastrophe de type Fukushima, lui-même résultant d’un séisme de magnitude 9 suivi d’un tsunami. Le risque sismique à Cattenom est classé comme extrêmement faible par les autorités. La probabilité d’un tel accident reste donc très limitée, même si les conséquences potentielles seraient effectivement gravissimes.

Le dispositif de sécurité actuel

Suite aux enseignements de Fukushima, le Plan Particulier d’Intervention (PPI) de Cattenom a été profondément revu. Approuvé en octobre 2019 par le préfet de la Moselle, le périmètre d’action est étendu de 10 à 20 kilomètres autour de la centrale, portant le nombre de communes couvertes de 41 à 112 communes.

À l’intérieur de ce périmètre s’établit l’essentiel des actions d’information et de protection de la population. La pré-distribution de comprimés d’iode en fait partie. Ces comprimés permettent de protéger la thyroïde en cas de rejet accidentel d’iode radioactif dans l’atmosphère. Ils sont disponibles gratuitement en pharmacie pour les habitants du périmètre 0-10 km.

Des exercices de sûreté réguliers testent la coordination entre les autorités publiques et EDF. En mai 2022, un exercice national impliquant les autorités françaises, luxembourgeoises, allemandes et belges simule les procédures à suivre lors d’un accident.

En cas d’alerte réelle, les consignes sont claires : se mettre à l’abri dans le premier bâtiment disponible, fermer les fenêtres, allumer la radio pour suivre les instructions préfectorales et limiter les communications téléphoniques pour ne pas saturer le réseau.

Cattenom aujourd’hui : bilan et perspectives

Un bilan de sûreté contrasté

Après 38 ans d’exploitation, Cattenom n’a connu aucun accident nucléaire majeur. Les incidents techniques recensés restent dans la catégorie des écarts mineurs ou incidents de niveau 1 et 2 sur l’échelle INES. Cette performance est comparable à celle des autres centrales françaises de même génération.

Les incidents se révèlent néanmoins réguliers : problèmes de corrosion sous contrainte, défauts de vannes, indisponibilités d’équipements de sécurité, contaminations limitées de travailleurs. Ces événements, bien que maîtrisés, témoignent d’une installation vieillissante qui nécessite une surveillance accrue.

Le réacteur 1 atteint la limite de sa durée de vie initiale de 40 ans en 2026. EDF espère prolonger cette durée, comme pour d’autres centrales françaises, mais cette perspective suscite des oppositions fortes, notamment au Luxembourg.

La surveillance renforcée

Plusieurs organismes assurent un contrôle permanent de la centrale. La Commission Locale d’Information (CLI) rassemble élus, associations environnementales, syndicats, personnalités qualifiées, représentants d’EDF et de l’ASN. Elle publie une lettre d’information destinée aux 46 000 foyers résidant dans un périmètre de 10 km.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) effectue des inspections régulières et classe publiquement tous les incidents sur son site internet. Cette transparence accrue permet aux riverains et aux pays voisins de suivre en temps réel les événements survenus sur le site.

Une surveillance environnementale indépendante est également menée par ATMO Lorraine (Association Lorraine pour la qualité de l’Air), avec 8 capteurs de rayonnements gamma ambiant et 4 capteurs de rayonnements alpha et bêta artificiels répartis autour de la centrale.

EDF a obtenu plusieurs certifications : ISO 14001 pour l’environnement en 2005, ISO 9001 pour la qualité en 2007, et OHSAS 18001 pour l’hygiène et la sécurité en 2008.


Cattenom présente un historique d’incidents techniques caractéristique d’une installation nucléaire de grande ampleur, sans accident nucléaire majeur à ce jour. La question du vieillissement des quatre réacteurs et des investissements nécessaires pour maintenir le niveau de sûreté reste au cœur des préoccupations, tant pour les autorités françaises que pour les pays voisins directement concernés par les risques potentiels.

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