L’éolien représente aujourd’hui la deuxième source d’électricité renouvelable en France, derrière l’hydraulique. Avec plus de 8 000 installations sur le territoire, cette technologie s’impose dans le paysage énergétique national. Comprendre comment fonctionne une éolienne permet d’évaluer concrètement sa pertinence dans un projet de transition énergétique, qu’il s’agisse d’un parc industriel ou d’une installation plus modeste. Du mouvement des pales à l’injection de l’électricité sur le réseau, le processus repose sur des principes mécaniques précis.
Le principe de base : du vent à l’électricité
Une éolienne transforme l’énergie cinétique du vent en énergie électrique. Le vent fait tourner les pales fixées sur un rotor, créant un mouvement rotatif. Ce mouvement est transmis à un générateur situé dans la nacelle, qui le convertit en courant électrique alternatif.
L’électricité produite passe ensuite par un transformateur qui élève sa tension pour faciliter son transport. Elle est enfin injectée directement dans le réseau électrique via des câbles souterrains. Le processus est continu tant que les conditions de vent sont réunies.
Les composants essentiels d’une éolienne
Le rotor et les pales
Le rotor regroupe les trois pales et le moyeu qui les relie. Ces pales mesurent généralement entre 25 et 60 mètres de long et pèsent entre 6,5 et 35 tonnes selon leur taille. Elles sont fabriquées en matériaux composites, mélange de fibres de verre ou de carbone et de résine, pour allier légèreté et résistance.
La vitesse de rotation des pales se situe entre 5 et 15 tours par minute. Cette lenteur apparente est voulue : elle limite les contraintes mécaniques et le bruit, tout en optimisant la captation de l’énergie du vent.
Pourquoi trois pales et pas plus ? C’est un compromis entre rendement énergétique, stabilité mécanique et coût de fabrication. Avec deux pales, les problèmes de déséquilibre seraient plus importants. Au-delà de trois, le prix augmente sans gain significatif de performance. Le nombre impair permet un équilibrage optimal de la structure.
La nacelle : cœur technique de l’éolienne
La nacelle abrite les éléments mécaniques et électriques qui transforment le mouvement rotatif en électricité. Elle est montée au sommet du mât et peut pivoter à 360° pour s’orienter automatiquement face au vent grâce à un système d’orientation piloté par des capteurs.
À l’intérieur, le multiplicateur joue un rôle central. Les pales tournent lentement, entre 5 et 15 tours par minute, alors qu’un générateur électrique classique nécessite une vitesse de rotation de 1 500 à 3 000 tours par minute. Le multiplicateur augmente donc la vitesse de l’arbre de transmission avant qu’il n’entraîne le générateur.
Le générateur (ou alternateur) convertit ensuite l’énergie mécanique en énergie électrique. Certaines éoliennes modernes utilisent des générateurs à entraînement direct, sans multiplicateur, capables de fonctionner avec une vitesse de rotation variable. Ces machines sont plus simples mécaniquement, mais nécessitent des générateurs plus imposants.
Un frein mécanique complète le dispositif pour arrêter ou ralentir les pales en cas de vent trop fort ou lors des opérations de maintenance.
Le mât et le transformateur
Le mât soutient l’ensemble de la structure et porte la nacelle en hauteur. Sa taille varie entre 50 et 135 mètres, parfois davantage pour les modèles les plus récents. Plus le mât est haut, plus le vent capté est régulier et puissant, car il subit moins les turbulences liées au relief ou aux obstacles au sol.
Le mât est creux et abrite les câbles électriques qui acheminent l’électricité produite vers le bas, ainsi que le transformateur. Celui-ci élève la tension du courant avant son injection sur le réseau. Sans cette élévation de tension, le transport de l’électricité serait inefficace et générerait trop de pertes en ligne.
Les conditions de fonctionnement réelles
Vitesses de vent : démarrage et arrêt
Une éolienne ne fonctionne pas en permanence. Elle nécessite une vitesse de vent minimale de 10 à 15 km/h pour démarrer. En dessous de ce seuil, la force du vent est insuffisante pour vaincre l’inertie des pales et du système mécanique.
La vitesse optimale se situe autour de 50 km/h. À cette vitesse, l’éolienne produit à sa puissance nominale, c’est-à-dire sa capacité maximale. Au-delà, la production n’augmente plus : elle est bridée pour protéger les équipements.
Lorsque le vent dépasse 90 km/h, l’éolienne s’arrête automatiquement par sécurité. Des vents trop violents exercent des contraintes mécaniques excessives sur la structure et les pales. Ce seuil d’arrêt est programmé dans le système de contrôle de la machine.
Ces paramètres expliquent pourquoi le choix du site d’implantation est déterminant. Un site avec des vents trop faibles ou trop irréguliers compromet la rentabilité de l’installation. À l’inverse, un site venté de manière constante, sans turbulences, maximise la production.
Facteur de charge et temps de fonctionnement
Le facteur de charge mesure le rapport entre l’énergie réellement produite et l’énergie que l’éolienne aurait pu produire si elle fonctionnait en permanence à sa puissance maximale. C’est un indicateur clé de performance.
En France, le facteur de charge moyen du parc éolien terrestre était de 26,2 % en 2023 selon RTE. Concrètement, cela signifie qu’une éolienne de 3 MW a produit l’équivalent de 0,78 MW en moyenne continue sur l’année. Ce chiffre peut sembler faible, mais il reflète la variabilité naturelle du vent.
Les éoliennes terrestres affichent un facteur de charge compris entre 20 et 40 % selon les sites. Les éoliennes offshore, bénéficiant de vents plus réguliers et plus forts, atteignent des facteurs de charge de 40 à 65 % avec les technologies les plus récentes.
Malgré ces chiffres, une éolienne fonctionne effectivement entre 75 et 95 % du temps, mais à puissance variable. Elle produit de l’électricité dès que le vent est suffisant, même si ce n’est pas à pleine capacité. Les arrêts concernent principalement les périodes de vent trop faible, trop fort, ou les opérations de maintenance.
Éolien terrestre et offshore : différences de performance
L’éolien offshore présente des avantages techniques significatifs par rapport aux installations terrestres. En mer, les vents sont plus fréquents, plus forts et moins turbulents. L’absence d’obstacles naturels comme le relief ou la végétation limite les perturbations du flux d’air.
Ce contexte permet un gain de rendement de 10 à 20 % par rapport à l’éolien terrestre. Les éoliennes offshore peuvent également être plus puissantes : certains modèles récents atteignent 16 MW contre 3 à 4 MW en moyenne pour les installations terrestres.
En France, plusieurs projets sont en cours de développement ou en phase de construction. Les parcs de Saint-Nazaire, Fécamp et Saint-Brieuc figurent parmi les premiers projets offshore à entrer en service. La Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire concentrent l’essentiel de ces installations.
L’offshore flottant, qui permet d’installer des éoliennes dans des zones où les fonds marins sont trop profonds pour un ancrage fixe, représente une autre voie de développement. Le parc pilote de Provence Grand Large (25 MW) a été mis en service en 2023 au large de Marseille.
De la production à l’injection sur le réseau
L’électricité produite par le générateur passe d’abord par le transformateur situé dans le mât. Celui-ci élève la tension du courant, généralement autour de 20 000 volts, pour limiter les pertes lors du transport.
L’électricité transite ensuite par des câbles souterrains qui relient l’éolienne à un poste de livraison. Dans un parc éolien, plusieurs machines sont connectées entre elles par un réseau interne avant de rejoindre ce poste.
Le poste de livraison assure la connexion au réseau électrique public. L’électricité est injectée vers un poste source qui l’intègre au réseau de transport ou de distribution, selon la puissance du parc. Elle est ensuite acheminée vers les consommateurs finaux, particuliers ou entreprises.
En 2019, les éoliennes françaises ont produit 34,1 TWh d’électricité, soit environ 6,3 % de la production nationale. Ce chiffre progresse chaque année avec l’installation de nouvelles capacités. L’éolien s’inscrit dans le mix énergétique aux côtés de l’hydraulique, du nucléaire et du solaire.
Une technologie mature au service de la transition énergétique
Une éolienne transforme l’énergie cinétique du vent en électricité grâce à un système mécanique et électrique optimisé. La performance dépend autant de la qualité de la technologie que du choix du site d’implantation. Les installations offshore, bien que plus coûteuses, offrent un rendement supérieur. Le développement de cette filière en France repose sur l’amélioration continue des équipements et sur l’identification de sites propices à une production stable et rentable.

