Solutions changements climatiques : actions concrètes

Les changements climatiques ne sont plus une menace lointaine. Ils bouleversent déjà nos vies, nos économies et nos territoires. Face à cette réalité, une double stratégie s’impose : réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement, et nous adapter aux impacts déjà inévitables. Les solutions existent à tous les niveaux. Elles nécessitent un engagement collectif et des décisions rapides.

Atténuation : réduire les émissions de gaz à effet de serre

Décarboner l’énergie

La production et la consommation d’énergie représentent 75% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Décarboner ce secteur constitue la priorité absolue.

Les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique) sont désormais moins chères que les énergies fossiles dans la plupart des régions du monde. Leur déploiement s’accélère : en France, la capacité installée d’énergies renouvelables a progressé de 18% entre 2020 et 2023. L’objectif fixé par la loi énergie-climat vise 40% d’électricité renouvelable d’ici 2030.

La rénovation énergétique des bâtiments permet de diviser par deux ou trois les consommations de chauffage. En France, le décret tertiaire impose aux bâtiments de plus de 1000 m² une réduction de 40% de leur consommation énergétique d’ici 2030. Les aides publiques comme MaPrimeRénov’ facilitent ces travaux pour les particuliers.

La sortie des énergies fossiles s’organise progressivement. Le charbon recule dans la production électrique européenne. Le gaz et le pétrole doivent suivre la même trajectoire pour respecter l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C fixé par l’Accord de Paris.

Transformer les mobilités

Les transports génèrent 30% des émissions françaises de CO2. Électrifier les véhicules, développer les transports collectifs et favoriser les mobilités douces réduisent significativement cette empreinte.

L’électrification des véhicules progresse rapidement. Les voitures électriques représentaient 17% des ventes neuves en France en 2023. Leur bilan carbone devient très favorable dès que l’électricité provient de sources décarbonées. Pour les flottes d’entreprise, la loi d’orientation des mobilités impose désormais un verdissement progressif.

Les transports en commun et le ferroviaire offrent une alternative crédible à la voiture individuelle. Un trajet en TGV émet 50 fois moins de CO2 qu’un trajet équivalent en avion. Les métropoles françaises investissent massivement dans leurs réseaux de tramway, métro et bus électriques.

Les mobilités douces (vélo, marche) transforment les déplacements urbains. Paris compte aujourd’hui plus de 1000 km de pistes cyclables. Le forfait mobilités durables permet aux employeurs de financer les trajets domicile-travail à vélo jusqu’à 700 euros par an.

Le transport aérien, responsable de 2 à 3% des émissions mondiales mais en forte croissance, nécessite une régulation plus stricte. La limitation des vols intérieurs courts et le développement des biocarburants constituent des pistes d’action.

Repenser l’agriculture et l’alimentation

L’agriculture et l’alimentation représentent 20 à 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Modifier nos pratiques agricoles et nos régimes alimentaires génère un impact majeur.

La réduction de la consommation de viande et de produits laitiers constitue le levier le plus efficace. L’élevage émet du méthane (25 fois plus réchauffant que le CO2) et monopolise 77% des terres agricoles pour produire seulement 18% des calories consommées. Diviser par deux sa consommation de viande réduit son empreinte carbone alimentaire de 30 à 40%.

L’agroécologie et l’agriculture régénérative améliorent la séquestration du carbone dans les sols tout en réduisant l’usage d’intrants chimiques. Les pratiques incluent les couverts végétaux, la rotation des cultures, l’agroforesterie et la limitation du travail du sol. Le label Haute Valeur Environnementale (HVE) certifie ces démarches en France.

La lutte contre le gaspillage alimentaire évite des émissions inutiles. Un tiers de la production alimentaire mondiale finit à la poubelle. Les entreprises de plus de 250 salariés ont désormais l’obligation de donner leurs invendus alimentaires.

Les circuits courts réduisent les émissions liées au transport et au stockage. Acheter local et de saison diminue l’empreinte carbone de son alimentation de 10 à 20%.

Engager les entreprises et l’industrie

Les entreprises, responsables de la majorité des émissions mondiales, doivent engager leur transformation. Les outils et obligations réglementaires se renforcent.

Le bilan carbone devient obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés en France. Il mesure l’ensemble des émissions directes et indirectes, y compris celles des fournisseurs et de l’usage des produits. Cette évaluation doit s’accompagner d’une stratégie de réduction chiffrée.

La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose aux grandes entreprises européennes de publier des rapports détaillés sur leur impact climatique dès 2024. Les PME seront progressivement concernées.

L’économie circulaire réduit les besoins en matières premières et en énergie. Réparer, réutiliser, recycler deviennent des impératifs industriels. L’indice de réparabilité, obligatoire sur certains produits électroniques, oriente les consommateurs.

La sobriété numérique limite la pollution digitale. Les data centers représentent 1% de la consommation électrique mondiale. Éteindre les appareils, limiter le stockage de données inutiles et optimiser les serveurs réduisent cet impact. L’Arcep a publié un référentiel pour aider les entreprises à mesurer et réduire leur empreinte numérique.

Adaptation : se préparer aux impacts inévitables

Solutions fondées sur la nature

Les solutions d’adaptation fondées sur la nature (SafN) exploitent les capacités des écosystèmes à nous protéger du changement climatique. Elles suivent trois principes : protéger, gérer, restaurer.

Protéger les écosystèmes existants maintient leurs services essentiels. Les forêts, zones humides et tourbières stockent du carbone et régulent le cycle de l’eau. La France compte 30% de son territoire en zones protégées, un chiffre qui doit progresser.

Gérer efficacement les espaces naturels renforce leur résilience. Une forêt bien gérée résiste mieux aux incendies et aux sécheresses. Les pratiques agricoles adaptées (variétés résistantes à la chaleur, irrigation raisonnée) sécurisent la production alimentaire.

Restaurer les habitats dégradés multiplie leurs bénéfices. La végétalisation urbaine réduit les îlots de chaleur de 2 à 8°C. Les toitures et façades végétalisées, les parcs urbains et les alignements d’arbres rafraîchissent les villes. Paris vise 30% de canopée urbaine d’ici 2030.

Les zones humides absorbent les crues et filtrent l’eau. Leur restauration protège contre les inondations tout en favorisant la biodiversité. Le programme européen Life ARTISAN, doté de 16,7 millions d’euros sur huit ans, accompagne le déploiement de ces solutions en France.

Gestion de l’eau et des ressources

La raréfaction de l’eau constitue un défi majeur. Les sécheresses se multiplient et s’intensifient. Une gestion sobre et intelligente de la ressource devient vitale.

Le Plan Eau présenté en 2023 par le gouvernement français fixe un objectif de réduction de 10% des prélèvements d’eau d’ici 2030. Les mesures incluent la chasse aux fuites (20% de l’eau potable perdue dans les réseaux), la réutilisation des eaux usées traitées et l’adaptation des cultures.

Les bassins de rétention et les infrastructures de récupération d’eau de pluie limitent les ruissellements et constituent des réserves pour les périodes sèches. Attention toutefois aux mégabassines, souvent contre-productives car elles assèchent les nappes phréatiques.

L’irrigation raisonnée et le goutte-à-goutte réduisent la consommation agricole de 30 à 50%. Le choix de variétés résistantes à la sécheresse et la modification des calendriers de culture s’imposent dans de nombreuses régions.

Adaptation des territoires et de l’habitat

Les territoires doivent se préparer aux nouveaux risques climatiques : canicules, inondations, submersions marines, incendies.

L’urbanisme résilient intègre ces contraintes dès la conception. Orientation des bâtiments pour limiter la surchauffe, matériaux clairs qui réfléchissent la chaleur, systèmes de refroidissement passif. La réglementation environnementale RE2020, applicable aux constructions neuves depuis 2022, impose des standards de performance thermique plus exigeants.

La prévention des risques passe par des cartographies précises et des plans d’action. Les Plans de Prévention des Risques (PPR) encadrent la construction dans les zones exposées. Les communes vulnérables aux inondations interdisent progressivement l’urbanisation en zone inondable.

Les Plans Climat-Air-Énergie Territoriaux (PCAET) obligent les intercommunalités de plus de 20 000 habitants à définir une stratégie d’atténuation et d’adaptation. Ces plans fixent des objectifs chiffrés et des actions concrètes sur six ans.

Des villes pionnières montrent la voie. Lorient réhabilite son trait de côte avec des solutions naturelles. Échirolles a cartographié ses îlots de chaleur et déploye un plan de végétalisation ciblé.

Qui fait quoi : répartition des responsabilités

Actions individuelles et citoyennes

L’action individuelle ne suffit pas à résoudre la crise climatique. Elle représente environ 15% de l’empreinte carbone totale, le reste relevant des infrastructures, industries et politiques publiques. Pour autant, les choix personnels comptent.

Mobilité : privilégier les transports en commun, le vélo, la marche. Limiter l’usage de la voiture et de l’avion. Un aller-retour Paris-New York émet autant de CO2 qu’une année de chauffage au gaz.

Alimentation : réduire la viande et les produits laitiers, acheter local et de saison, limiter le gaspillage. Ces changements divisent par deux l’empreinte alimentaire.

Consommation : acheter moins, mieux, durable. Réparer plutôt que jeter. Se chauffer à 19°C. Isoler son logement.

L’engagement citoyen amplifie l’impact : participer aux concertations publiques, interpeller les élus, rejoindre des associations. La pression citoyenne a accéléré de nombreuses décisions politiques sur le climat.

Rôle des collectivités locales

Les collectivités territoriales sont en première ligne. Elles gèrent les transports, l’urbanisme, l’énergie locale, la gestion des déchets.

Les PCAET structurent leur action climatique. Ces plans définissent des objectifs de réduction des émissions et d’adaptation aux impacts locaux. Ils mobilisent tous les acteurs du territoire : entreprises, associations, citoyens.

L’aménagement du territoire détermine les modes de vie. Densification urbaine, mixité fonctionnelle, développement des transports collectifs réduisent la dépendance à la voiture. Les zones commerciales périphériques, grandes consommatrices d’espace et génératrices de déplacements, doivent céder la place à des centralités accessibles.

Les réseaux de chaleur alimentés par des énergies renouvelables (géothermie, biomasse, récupération de chaleur fatale) décarbonent le chauffage urbain. Leur développement s’accélère dans les grandes villes.

Engagement des entreprises

Les entreprises portent une responsabilité majeure. Leurs décisions structurent l’économie et conditionnent les modes de vie.

Les obligations réglementaires se renforcent. Bilan carbone, reporting extra-financier (CSRD), verdissement des flottes, rénovation énergétique des bâtiments tertiaires. Ces contraintes poussent à la transformation.

Les stratégies net zéro se multiplient. Des centaines d’entreprises s’engagent à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Attention toutefois au greenwashing : ces stratégies doivent reposer sur des réductions réelles d’émissions, pas uniquement sur la compensation.

L’innovation ouvre des voies nouvelles. Nouveaux matériaux, procédés industriels décarbonés, économie circulaire. La R&D climatique bénéficie de financements publics croissants via le plan France 2030 et les fonds européens.

Politiques publiques nationales et internationales

L’action climatique nécessite une coordination internationale. Aucun pays ne peut résoudre seul un problème mondial.

L’Accord de Paris (2015) engage 195 pays à limiter le réchauffement à 1,5°C. Chaque pays soumet des Contributions Déterminées au niveau National (CDN) décrivant ses objectifs de réduction. Ces contributions doivent être révisées à la hausse tous les cinq ans.

En France, le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC) structure l’action d’adaptation. Le PNACC-3, en préparation, renforcera les mesures sur l’eau, la biodiversité, la santé et les infrastructures.

La Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) fixe la trajectoire de réduction des émissions : neutralité carbone en 2050. Tous les secteurs (transports, bâtiment, agriculture, industrie) ont des objectifs contraignants.

Le financement climat reste un point de tension. Les pays riches se sont engagés à verser 100 milliards de dollars par an aux pays en développement pour les aider à réduire leurs émissions et s’adapter. Cet objectif, longtemps manqué, a été atteint en 2022. Il devra être réévalué à la hausse.

Efficacité et priorisation des solutions

Solutions à fort impact

Toutes les actions ne se valent pas. Certaines ont un effet massif, d’autres marginal. Hiérarchiser permet d’agir efficacement.

Sortir des énergies fossiles : impact maximal. Le charbon, le pétrole et le gaz représentent 75% des émissions mondiales. Leur remplacement par des énergies renouvelables constitue la priorité numéro un.

Transformer l’alimentation : impact élevé. Réduire la viande et les produits laitiers, développer l’agroécologie, limiter le gaspillage peuvent réduire de 25 à 30% les émissions du secteur alimentaire.

Électrifier les transports : impact élevé, surtout si l’électricité est décarbonée. La voiture électrique émet 2 à 3 fois moins de CO2 sur son cycle de vie qu’un véhicule thermique en France.

Rénover les bâtiments : impact moyen à élevé selon la qualité de la rénovation. Une rénovation complète (isolation, ventilation, chauffage performant) divise la consommation par deux ou trois.

Solutions naturelles : double bénéfice atténuation et adaptation. Les forêts, zones humides et prairies stockent du carbone tout en protégeant des impacts climatiques.

Le GIEC a publié une analyse détaillée du potentiel de réduction des différentes solutions. Les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la réduction de la déforestation arrivent en tête.

Éviter les fausses solutions

Certaines actions semblent vertueuses mais s’avèrent contre-productives. On parle de mal-adaptation.

Les climatiseurs aggravent le problème qu’ils prétendent résoudre. Ils réchauffent l’air extérieur et consomment énormément d’électricité, notamment lors des pics de chaleur. La végétalisation urbaine et l’isolation des bâtiments constituent des alternatives durables.

Les mégabassines agricoles puisent l’eau dans les nappes phréatiques en hiver pour irriguer l’été. Elles assèchent les rivières et bénéficient principalement aux cultures intensives. Modifier les pratiques agricoles et les choix de cultures serait plus efficace.

Le greenwashing consiste à afficher des engagements climatiques ambitieux sans actions réelles. Certaines entreprises communiquent sur leur neutralité carbone en achetant des crédits carbone douteux plutôt qu’en réduisant effectivement leurs émissions.

La compensation carbone ne remplace pas la réduction. Planter des arbres ou financer des projets de reforestation peut compléter une démarche de réduction, mais ne dispense pas de décarboner ses activités.

Financement et cadre réglementaire

Financements disponibles

La transition climatique nécessite des investissements massifs. Les financements publics et privés se développent.

MaPrimeRénov’ finance les travaux de rénovation énergétique des logements. Les ménages modestes peuvent obtenir jusqu’à 90% du coût des travaux. Le dispositif a financé plus de 2 millions de rénovations depuis 2020.

Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) obligent les fournisseurs d’énergie à financer des travaux d’efficacité énergétique. Ils complètent MaPrimeRénov’ et peuvent couvrir une partie significative des coûts.

Le plan France 2030 mobilise 54 milliards d’euros pour financer l’innovation dans les technologies vertes : hydrogène, batteries, recyclage, décarbonation de l’industrie.

Les fonds européens (Fonds de cohésion, FEDER, Life) financent des projets d’énergie renouvelable, de mobilité durable et d’adaptation des territoires.

Les green bonds (obligations vertes) permettent aux entreprises et collectivités de lever des fonds dédiés à des projets climatiques. Le marché atteint 500 milliards d’euros par an au niveau mondial.

Les investisseurs intègrent de plus en plus les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans leurs décisions. Les entreprises polluantes peinent à se financer, tandis que les activités vertes attirent les capitaux.

Obligations et normes

Le cadre réglementaire se durcit pour accélérer la transition.

La RE2020 (Réglementation Environnementale) impose aux constructions neuves des standards de performance énergétique et d’empreinte carbone. Elle remplace la RT2012 avec des exigences renforcées.

Le décret tertiaire oblige les bâtiments de plus de 1000 m² à réduire leur consommation énergétique de 40% d’ici 2030, 50% d’ici 2040 et 60% d’ici 2050.

La directive CSRD européenne impose aux grandes entreprises (puis aux PME cotées) de publier un reporting extra-financier détaillé incluant leur stratégie climatique, leurs émissions et leurs risques.

Les normes ISO encadrent la mesure et la gestion des impacts climatiques. L’ISO 14064 porte sur les bilans carbone, l’ISO 14067 sur l’empreinte carbone des produits.

La taxonomie européenne définit les activités économiques considérées comme durables. Elle oriente les financements vers les secteurs compatibles avec l’objectif de neutralité carbone.

Agir maintenant

Les solutions aux changements climatiques existent et sont déployables. Elles combinent atténuation (réduire les émissions) et adaptation (se préparer aux impacts). Elles concernent tous les acteurs : citoyens, entreprises, collectivités, États.

La décennie qui s’ouvre sera décisive. Les émissions mondiales doivent diminuer de 43% d’ici 2030 pour rester sous la barre des 1,5°C de réchauffement. Chaque dixième de degré compte. Chaque année compte.

Les investissements dans les énergies renouvelables battent des records. Les villes se végétalisent. Les entreprises décarbonent leurs activités. La réglementation se renforce. Mais le rythme reste insuffisant. L’urgence impose d’accélérer massivement le déploiement des solutions à notre portée.

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