On entend le mot partout. Dans les rapports RSE, les appels d’offres publics, les discours politiques. Pourtant, derrière ce terme se cache quelque chose de bien plus concret que ce que l’on imagine : une infrastructure vivante dont dépendent notre alimentation, notre eau, notre santé et une part croissante de nos décisions économiques.
Trois niveaux pour comprendre ce qu’est la biodiversité
La biodiversité est la contraction de « diversité biologique ». Elle désigne l’ensemble du vivant sur Terre, organisé en trois niveaux qui interagissent en permanence.
La diversité des écosystèmes
C’est la variété des milieux de vie : forêts, zones humides, prairies, océans, mais aussi jardins urbains ou friches industrielles. Chaque écosystème remplit des fonctions précises : filtration de l’eau, régulation thermique, absorption du CO2, protection contre les inondations.
Un sol agricole riche en micro-organismes produit davantage, absorbe mieux les excès d’eau et résiste aux maladies sans intrants chimiques. Un écosystème appauvri, c’est une facture supplémentaire pour l’agriculteur, la collectivité ou l’assureur.
La diversité des espèces
On recense aujourd’hui environ 1,8 million d’espèces identifiées sur Terre. Les scientifiques en estiment le nombre réel à plus de 100 millions. Chaque espèce occupe une niche fonctionnelle : pollinisation, décomposition, prédation, fixation de l’azote…
La disparition d’une espèce en entraîne souvent d’autres par effet domino. Le déclin des abeilles sauvages, par exemple, affecte directement les rendements agricoles de cultures qui représentent plus de 35 % de la production alimentaire mondiale.
La diversité génétique
À l’intérieur d’une même espèce, la variabilité génétique garantit son adaptation aux changements de conditions : maladies, sécheresses, nouveaux parasites. Une espèce génétiquement homogène est une espèce fragile. C’est pourquoi la perte de diversité génétique dans les semences agricoles est aujourd’hui l’un des risques les plus surveillés par les agronomes et les assureurs.
Ce que la biodiversité rend possible sans qu’on le réalise
On parle de services écosystémiques pour désigner les bénéfices gratuits que la nature fournit à l’économie et à la société.
La pollinisation des cultures par les insectes est évaluée à plus de 150 milliards d’euros par an à l’échelle mondiale. La purification naturelle de l’eau par les zones humides évite des coûts colossaux de traitement industriel. La régulation du climat par les forêts tamponne les extrêmes thermiques qui pèsent sur les infrastructures, l’agriculture et la santé publique.
Près de 60 % des médicaments actuellement utilisés sont d’origine naturelle ou dérivés du vivant. Chaque espèce perdue est une molécule potentielle qui disparaît avant même d’avoir été étudiée.
Pourquoi la biodiversité est en crise
La sixième extinction de masse est en cours. Ce n’est pas une hypothèse : c’est le constat des scientifiques du IPBES, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité. Le taux d’extinction des espèces est aujourd’hui de 100 à 1 000 fois supérieur au rythme naturel.
Cinq facteurs principaux en sont responsables.
La destruction des habitats est la cause première. L’artificialisation des sols, la déforestation, le drainage des zones humides réduisent et fragmentent les milieux de vie.
La surexploitation des ressources naturelles, qu’il s’agisse de la pêche, de la chasse ou de la récolte de plantes, dépasse les capacités de régénération des espèces.
La pollution chimique, plastique et lumineuse perturbe les comportements reproducteurs, les chaînes alimentaires et les équilibres microbiens des sols et des eaux.
Les espèces invasives introduites par les activités humaines concurrencent ou éliminent les espèces locales, parfois en quelques décennies.
Le changement climatique, enfin, déplace les zones de répartition des espèces plus vite qu’elles ne peuvent s’adapter, et amplifie tous les autres facteurs.
Ce que ça implique concrètement pour les acteurs économiques
La biodiversité est passée d’un sujet environnemental à un enjeu de gouvernance et de conformité. Les entreprises sont de plus en plus exposées à des risques physiques directs (perte de ressources naturelles, dégradation des services écosystémiques) et à des risques de transition (réglementations, labels, pressions des financeurs).
La directive européenne CSRD impose désormais aux grandes entreprises de rendre compte de leur impact sur la biodiversité. Le cadre TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures), équivalent naturel du TCFD pour le climat, structure déjà les politiques d’investissement des grands fonds.
Pour les collectivités, les aménageurs et les constructeurs, les obligations de compensation écologique, les trames vertes et bleues et les nouvelles exigences de la loi Industrie Verte redéfinissent les conditions d’autorisation des projets.
Agir à son échelle : ce qui fonctionne réellement
Protéger la biodiversité ne se résume pas à ne rien faire. C’est souvent une question de choix de matériaux, de gestion des espaces, de pratiques agricoles et d’aménagement du territoire.
Laisser des bandes enherbées en bordure de champs réduit les traitements et augmente les populations de pollinisateurs. Intégrer des toitures végétalisées en milieu urbain limite les îlots de chaleur et favorise la faune auxiliaire. Préserver ou restaurer une zone humide coûte infiniment moins cher que de construire une infrastructure équivalente de gestion des eaux pluviales.
La biodiversité n’est pas un frein au développement. C’est une ressource que l’on a longtemps comptabilisée à zéro parce qu’elle était abondante. Ce temps est révolu.
